2019 – L’acceptabilité du véhicule autonome en question : éclairage de VEDECOM

16 / 01 / 2020

A la suite du séminaire « Acceptabilité du véhicule autonome », qui s’était tenu le 9 novembre 2018 au Ministère de la Transition Écologique et Solidaire, la Direction Générale des Infrastructures, des Transports et de la Mer (DGITM) avait fait la demande à VEDECOM d’une monographie sur les enquêtes nationales ayant pour objet d’étude l’acceptabilité du véhicule autonome. Retour sur les principaux enseignements de ce document qui synthétise et analyse les résultats de 9 enquêtes d’opinion et 4 études scientifiques sur la façon dont le véhicule autonome est appréhendé en France.

Connaître et comprendre l’acceptabilité française actuelle du véhicule autonome

Rédigée par Marlène Bel, chercheure en psychologie sociale chez VEDECOM, et Stéphanie Coeugnet-Chevrier, Directrice du domaine « Nouvelles solutions de mobilité et énergies partagées » à l’Institut, la monographie « Acceptabilité du véhicule autonome » fait un état des lieux des enquêtes et études sur le sujet au niveau national. L’enjeu de ce travail de fond est d’améliorer la connaissance et la compréhension de l’acceptabilité française actuelle du véhicule autonome, pour constituer une base de réflexion qui alimente le bien commun. L’Institut VEDECOM a rendu sa copie lors du séminaire sur l’Acceptabilité du Véhicule Autonome, prévu et organisé par la Stratégie Nationale du Développement des Véhicules Autonomes le 25 mars 2019.

Au total, ce sont 8 500 Français qui ont été interrogés dans les enquêtes d’opinion étudiées, et 5 300 pour les études scientifiques. Objectif : cerner la perception que les Français ont de la voiture autonome de niveau 5, tant au niveau de sa sécurité, que de sa fiabilité, du plaisir procuré, de son confort, son coût, ou encore de la possibilité de tâches de vie à bord qu’elle permet. Les questions relatives au gain de temps et d’espace, à l’utilisation des données personnelles, à la place du superviseur ou encore à l’intégration du véhicule dans son environnement sont également envisagées. Les études concernent tant les véhicules de type personnel ou robot-taxi, que les navettes ou bus autonomes.

 

Le véhicule autonome : entre attrait et appréhension

Sécurité, confort, nouveaux usages… Les attraits du véhicule autonome, objet onirique s’il en est, sont nombreux. Mais c’est en tant que fantasme de liberté suprême qu’il se révèle le plus plébiscité. A l’indépendance et l’autonomie qu’offre l’automobile en général, il rajoute la promesse de plus de temps libre et de davantage de confort pendant les trajets. Un engagement qui ne laisse pas indifférent : 37% des Français seraient disposés à utiliser une voiture entièrement autonome car ils auraient « plus de temps libre » durant leurs trajets (IFOP, 2018). Pour 74% des Français, la voiture connectée est un moyen de gagner du temps (Observatoire Cetelem, 2016) ; et 64% des sondés estiment que c’est l’absence de limitation dans leur liberté de déplacement qui les ferait utiliser un véhicule sans conducteur (Débats citoyens, 2018). Selon une étude menée par VEDECOM en 2018, 85% des Français souhaiteraient enfin faire autre chose dans leur véhicule complètement autonome, plutôt que de conduire ou de superviser leur véhicule. La sécurité reste par ailleurs au cœur des attentes des usagers : pour 58% des sondés, l’usage des véhicules sans conducteur représenterait une amélioration de la vie quotidienne en termes de sécurité (Débats citoyens, 2018).

Cet espoir de liberté de déplacement sans limite est néanmoins tempéré par un certain nombre de craintes qui sont autant de freins à l’acceptabilité du véhicule autonome : pour 40% des sondés de l’enquête IFOP 2018, « les voitures autonomes sont un peu effrayantes ». « Le risque est trop élevé aujourd’hui d’un point de vue technique », affirment 53% des personnes interrogées dans le cadre de la même étude. En outre, les questions de cybersécurité, d’utilisation des données personnelles ou encore de responsabilité apparaissent comme autant de facteurs menaçants.

 

La confiance, clé de voûte de l’acceptabilité

Si les sentiments des Français sont partagés, un facteur d’acceptabilité déterminant se dessine peu à peu au fil des études : la confiance. Confiance dans la technologie, mais aussi dans les règles, les usages, les systèmes et services. Pour 53% des Français, « ne pas faire confiance au véhicule autonome pour prendre la bonne décision » est la principale raison pour laquelle ils ne seraient pas disposés à l’utiliser (Débats Citoyens, 2018). Les études permettent de montrer que les premiers usages du véhicule autonome améliorent néanmoins la confiance dans son objet. Un constat qui fait écho au concept TRUST, développé par Yann Leriche et Jean-Pierre Orfeuil dans leur récent ouvrage Piloter le véhicule autonome au service de la ville, coordonné par l’IVM-VEDECOM et porté par VEDECOM. TRUST (pour Technologies – Règles – Usages – Systèmes et Services – Territoires) est une méthodologie centrée sur la confiance, qui offre une garantie de rigueur en mettant en œuvre une démarche holistique et multi-critères permettant de saisir les conditions d’émergence de la mobilité autonome.

La monographie met en évidence deux autres points majeurs :

  • L’acceptabilité des navettes autonomes est généralement supérieure à l’acceptabilité des voitures autonomes. Le changement de paradigme est en effet moins important dans le premier cas que dans le second, le passager d’un véhicule autonome devant passer progressivement de l’état de conducteur à celui de passager de son véhicule.
  • Les Français ont une bonne acceptabilité des véhicules autonomes lorsque les différents niveaux d’automatisation sont pris en compte. Si seul le niveau 5 est considéré, ce qui est le cas dans les enquêtes d’opinion, alors l’acceptabilité des Français à l’égard du véhicule autonome est inférieure à la moyenne. Il apparaît par ailleurs des disparités d’acceptabilité du véhicule autonome suivant le lieu d’habitation des individus, les habitants des métropoles et des grandes villes françaises présentant une acceptabilité nettement supérieure aux habitants des zones peu denses. 71% des Français vivant à Paris intramuros en seraient des utilisateurs, contre 40% des Français vivant dans des communes isolées hors influence des pôles.

 

VEDECOM, un expert reconnu de l’acceptabilité du véhicule autonome et des nouvelles solutions de mobilité

Cette monographie est le reflet de l’expertise de VEDECOM dans le domaine de l’acceptabilité des nouvelles solutions de mobilité et notamment du véhicule autonome. Un champ de recherche porté par le Domaine « Nouvelles solutions de mobilité et énergies partagées » de l’Institut. Avec ses 50 collaborateurs de 15 disciplines différentes, il adresse des problématiques qui sont cruciales pour le déploiement des nouvelles solutions de mobilité : facteurs humains, cadre juridique, modèle économique des nouvelles mobilités, analyse de la mobilité humaine… Forts de leurs 45 publications acceptées en un an, ces équipes sont sur tous les fronts où se joue la guerre des mobilités. Ils se sont particulièrement distingués en 2019 : création d’Entropy, première spinoff issue de VEDECOM, publication de deux ouvrages majeurs dans le domaine des mobilités (Piloter le véhicule autonome, de Yann Leriche et Jean-Pierre Orfeuil, sous le pilotage de Mireille Apel-Muller ; Véhicule autonome, qui est responsable ? de Iolande Vingiano-Viricel) ; distinction de la solution VEDETECT au Grand Prix du Salon des Maires ; implication forte dans des projets collaboratifs : le projet européen AutoMate, l’expérimentation Paris-Saclay Autonomous Lab ; création de la première formation certifiante sur les aspects juridiques du véhicule autonome

La monographie sur l’acceptabilité du véhicule autonome, fruit de cette activité intense, sera suivie en 2020 par un travail similaire mené par VEDECOM au niveau international.

Pour en savoir plus :

Document de la Stratégie nationale pour le Développement du Véhicule Autonome

Synthèses :

Développement des véhicules autonomes. La stratégie française

Orientations stratégiques pour l’action publique

Articles récents :

2019 – Acceptance levels for self-driving vehicles: a report from VEDECOM

Following the “Acceptance levels for self-driving vehicles” seminar, held on 9th November 2018 at France’s Ministère de la Transition Écologique et Solidaire environmental ministry, VEDECOM was asked by the French government’s Direction Générale des Infrastructures, des Transports et de la Mer (DGITM) to produce a monograph on nationwide surveys aimed at identifying acceptance levels for self-driving vehicles. Below are the main findings of that document, which summarises and analyses the results of 9 opinion surveys and 4 scientific studies into the perception of self-driving vehicles in France.

Appreciating and understanding the current acceptance of self-driving vehicles in France

Produced by Marlène Bel, a social psychologist at VEDECOM, and Stéphanie Coeugnet-Chevrier, Director of the Institute’s “New mobility solutions and shared energies” department, the “Acceptance levels for self-driving vehicles” monograph is a report which examines nationwide surveys and studies on this issue. The purpose of this thorough investigation is to improve awareness and understanding of the issue of acceptance levels in France for self-driving vehicles in order to form a research foundation to serve the common interest. The VEDECOM institute submitted its report at the Acceptabilité du Véhicule Autonome seminar on 25th March 2019, planned and organised as part of the Stratégie Nationale du Développement des Véhicules Autonomes national strategy.

In total, some 8,500 French people were interviewed in the opinion surveys under examination, and 5,300 in the scientific studies. The objective: to assess French people’s perceptions of Level 5 self-driving vehicles in terms of security, reliability, pleasurable experience, comfort, cost, and potential to enable users to perform everyday tasks onboard. Questions regarding time and space savings, the use of personal data, the role of the supervisor and the integration of the vehicle with its surrounding environment are also considered. The studies cover not only personal and “robot taxi”-type vehicles, but also self-driving shuttles and buses.

Self-driving vehicles: a mixture of attraction and apprehension

The attractions of a self-driving vehicle – an object to inspire dreams like no other – include security, comfort and new modes of use. But its strongest resonance is in the vision of supreme freedom that it inspires. In addition to the independence and freedom of movement afforded by cars in general, it also offers the promise of extra free time and greater travelling comfort. And the promise is an emotive one: 37% of French people claim they would be keen to use a fully self-driving car because of the “extra free time” it would give them during journeys (IFOP, 2018). 74% of French people see connected cars as a way of saving time (Observatoire Cetelem, 2016); and 64% of respondents believe that the lack of impediments to their freedom of movement would encourage them to use a driverless vehicle (Débats citoyens, 2018). According to a 2018 study conducted by VEDECOM, 85% of French people would prefer to use the time inside their fully autonomous vehicles for engaging in activities other than driving or supervising their vehicle. However, security remains an issue of vital importance to users: 58% of those polled consider that the use of driverless vehicles would offer an improvement in everyday safety (Débats citoyens, 2018).

This hope of unrestricted freedom of movement is, however, tempered by a number of concerns which present obstacles to the acceptance of self-driving vehicles: according to 40% of respondents to the IFOP 2018 survey, “self-driving vehicles are rather frightening”. “The technical risk is currently too high,” according to 53% of those interviewed for the same study. In addition, questions regarding cybersecurity, responsibility and the use of personal data also present potential threats.

Trust: the key to acceptance

Although French people’s opinions on the subject are mixed, the studies do reveal a critical factor for gaining acceptance: trust. Not only trust in the technology itself, but also in its rules, usage patterns, systems and services. 53% of French people claim that “not trusting self-driving vehicles to make the right decision” is the main reason why they would be unwilling to use one (Débats Citoyens, 2018). However, studies show that trust in self-driving vehicles increases after a period of initial use. This finding is in line with the TRUST concept developed by Yann Leriche and Jean-Pierre Orfeuil in their recent work Piloter le véhicule autonome au service de la ville, co-ordinated by IVM-VEDECOM and conducted by VEDECOM. TRUST (Technologies – Rules – Uses – Systems and Services – Territories) is a trust-based methodology which offers the assurance of scientific rigour through its holistic, multi-criteria approach identifying the factors that underpin the emergence of autonomous mobility.

The monograph reveals two other key points:

  • Self-driving shuttles are generally perceived to be more acceptable than self-driving vehicles. There is a smaller paradigm shift at work in the former case than the latter: a passenger in a self-driving car is faced with a gradual transition from the role of driver of their vehicle to the role of passenger.
  • French people’s acceptance levels of self-driving vehicles are high if all the various levels of automation are factored in. When only Level 5 is considered (the assumption made in the opinion surveys), French people’s acceptance levels of self-driving vehicles are lower than average. In addition, disparities in the acceptance of self-driving vehicles emerge based on where respondents live: those who live in French cities and large towns are significantly more favourable to the concept than those who live in areas of lower density. 71% of French people living in the central Paris area would use them, compared to 40% of French people living in isolated communities outside the influence of major urban areas.

 

VEDECOM, a recognised expert in the acceptance of self-driving vehicles and new mobility solutions

This monograph reflects VEDECOM’s expertise in this field and acceptance levels for new mobility solutions, including self-driving vehicles in particular. This is a research area covered by the Institute’s “new mobility and shared energy solutions” division. With 50 staff working in 15 different disciplines, it addresses issues crucial to the introduction of new mobility solutions: human factors, legal frameworks, economic models for new mobility solutions, analyses of human mobility, etc. With their 45 accepted publications in a single year, these teams are active combatants on every front of the “mobility war”. 2019 was a particularly impressive year: the creation of Entropy, the first spinoff from VEDECOM, the publication of two major works in the mobility sector (Piloter le véhicule autonome, by Yann Leriche and Jean-Pierre Orfeuil, under the leadership of Mireille Apel-Muller; Véhicule autonome, qui est responsable? by Iolande Vingiano-Viricel); the awarding of the Grand Prix prize to the VEDETECT solution at the Salon des Maires fair; a strong involvement in collaborative projets: the European AutoMate project, the Paris-Saclay Autonomous Lab trial; the creation of the first certification course on legal issues pertaining to self-driving vehicles, etc.

The report on acceptance levels for self-driving vehicles which has resulted from this intense activity will be followed in 2020 by a similar work conducted by VEDECOM at international level.

For more information:

Document produced by the Stratégie nationale pour le Développement du Véhicule Autonome

Summaries:

Development of self-driving vehicles. The French strategy

Strategic approaches for public action

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